Transformation
Pourquoi tu t’auto-sabotes sans t’en rendre compte

Et si ce que tu appelles auto-sabotage était en réalité une manière de te protéger ? Comprendre ses mécanismes permet de sortir des blocages et de remettre du mouvement là où tout semblait figé.
Et si tu n’étais pas réellement en train de te saboter ?
Tu sais peut-être exactement ce que tu devrais faire.
Tu as un projet. Une envie. Une décision à prendre. Une opportunité qui se présente.
Et pourtant, au moment d’agir, quelque chose bloque.
Tu repousses.
Tu doutes.
Tu trouves une autre priorité.
Tu attends le « bon moment ».
Tu commences… puis tu abandonnes.
Ou tu réussis à créer tellement de questions autour de ton projet que tu finis par ne plus savoir pourquoi tu avais envie de le faire au départ.
Et parfois, tu te demandes :
« Pourquoi est-ce que je fais ça alors que je sais que ce n’est pas ce que je veux ? »
C’est souvent à ce moment-là que le mot auto-sabotage apparaît.
Pourtant, derrière certains comportements que nous qualifions ainsi se trouve une réalité beaucoup plus complexe.
Et si ce que tu appelles auto-sabotage était parfois une tentative de te protéger ?
L’auto-sabotage n’est pas toujours un manque de volonté
Nous avons tendance à interpréter nos blocages de manière très morale.
« Je manque de discipline. »
« Je suis trop paresseux. »
« Je ne suis pas assez motivé. »
« Je manque de confiance. »
« Je gâche toujours tout. »
Ces phrases donnent l’impression que le problème vient d’un défaut personnel.
Mais un comportement qui semble irrationnel de l’extérieur peut avoir une logique lorsqu’on comprend ce qui se joue intérieurement.
Procrastiner peut permettre d’éviter momentanément l’angoisse liée à une tâche.
Renoncer avant même d’avoir essayé peut permettre d’éviter la possibilité d’échouer.
Ne pas prendre sa place peut protéger de la peur d’être jugé.
Rester dans une situation insatisfaisante peut éviter l’incertitude liée au changement.
Et parfois, ne pas réussir devient une manière inconsciente de ne pas avoir à affronter ce qui pourrait arriver si l’on réussissait.
Le comportement paraît contre-productif.
Mais la fonction qu’il remplit peut être protectrice.
Nous ne nous sabotons pas toujours : nous nous protégeons parfois

Notre fonctionnement psychique cherche en permanence à maintenir un certain équilibre.
Lorsque nous avons vécu des expériences douloureuses, des déceptions, du rejet, de l’échec, de l’instabilité ou des situations dans lesquelles nous nous sommes sentis impuissants, nous pouvons développer des stratégies pour éviter de revivre certaines émotions.
Ces stratégies ont parfois été utiles à un moment de notre vie.
Le problème apparaît lorsqu’elles continuent à fonctionner alors que la situation a changé.
Par exemple :
« Si je ne tente rien, je ne peux pas échouer. »
« Si je ne montre pas trop ce que je veux, je ne risque pas d’être déçu. »
« Si je reste discret, personne ne pourra me critiquer. »
« Si je ne m’attache pas, je ne pourrai pas être blessé. »
Ces stratégies peuvent progressivement devenir automatiques.
Nous ne nous disons pas consciemment :
« Je vais me protéger aujourd’hui. »
Nous ressentons simplement une résistance.
Une peur.
Une envie de fuir.
Une tendance à repousser.
Et nous pouvons alors croire que nous sommes notre propre obstacle.
La peur de l’échec… mais aussi la peur de réussir
On parle beaucoup de la peur de l’échec.
Mais la réussite peut elle aussi provoquer de l’appréhension.
Parce que réussir signifie parfois entrer dans une réalité nouvelle.
Davantage de responsabilités.
Davantage de visibilité.
Davantage d’attentes.
Un changement d’identité.
Le regard des autres.
La peur de ne plus pouvoir revenir en arrière.
Certaines personnes ne craignent donc pas uniquement :
« Et si je n’y arrivais pas ? »
Elles peuvent aussi, parfois inconsciemment, craindre :
« Et si j’y arrivais vraiment ? Qu’est-ce que cela changerait dans ma vie ? »
C’est pourquoi il peut être intéressant de ne pas chercher uniquement ce que nous avons peur de perdre.
Mais aussi ce que nous avons peur de devenir.
Le confort de ce que l’on connaît
Même lorsqu’une situation ne nous convient plus, elle peut avoir quelque chose de rassurant :
elle est connue.
Nous savons comment elle fonctionne.
Nous connaissons ses règles.
Nous savons à quoi nous attendre.
Le changement, lui, introduit de l’incertitude.
Et notre cerveau n’apprécie pas toujours l’incertitude.
C’est pourquoi une situation inconfortable mais familière peut parfois sembler plus « sûre » qu’une situation potentiellement meilleure mais inconnue.
Cela explique pourquoi nous pouvons rester longtemps dans des fonctionnements que nous savons pourtant ne plus vouloir.
Ce n’est pas nécessairement parce que nous aimons souffrir.
C’est parfois parce que le connu demande moins d’adaptation que l’inconnu.
Quand la peur se transforme en procrastination

La procrastination est souvent interprétée comme un problème d’organisation.
Mais elle peut aussi être liée à ce que représente émotionnellement une tâche.
Plus une action est associée à une peur, à une exigence élevée ou à la possibilité d’être évalué, plus il peut devenir difficile de commencer.
On repousse.
Puis on culpabilise.
Puis cette culpabilité augmente la pression.
Et plus la pression augmente, plus il devient difficile d’agir.
Un cercle peut alors s'installer :
je veux agir → j’ai peur → je repousse → je culpabilise → la pression augmente → j’ai encore plus peur → je repousse davantage.
Dans ce contexte, se répéter « il faut simplement que je me discipline » ne suffit pas toujours.
Il peut être beaucoup plus utile de se demander :
« Qu’est-ce qui est émotionnellement difficile pour moi dans cette action ? »
Cette question permet de passer du jugement à la compréhension.
Le perfectionnisme peut également devenir une forme d’évitement
Vouloir bien faire n’est pas un problème en soi.
Mais lorsque l’exigence devient tellement élevée qu’elle empêche de commencer, de terminer ou de montrer son travail, elle peut finir par nous immobiliser.
« Ce n’est pas encore assez bien. »
« Je dois encore me former. »
« Je ne suis pas suffisamment prêt. »
« Je le ferai quand j’aurai davantage de temps. »
« Je dois encore améliorer ce détail. »
Derrière la recherche de perfection peut parfois se cacher une peur plus profonde :
la peur d’être évalué.
Parce que tant que quelque chose n’est pas terminé, il reste possible de se dire :
« Je pourrais faire mieux. »
Mais une fois que nous montrons réellement ce que nous avons produit, nous nous exposons au regard des autres.
Le perfectionnisme peut alors devenir une manière très sophistiquée de ne pas prendre le risque d’être réellement vu.
Comprendre l’origine de son auto-sabotage
Comprendre ses mécanismes ne signifie pas nécessairement retrouver une cause unique.
Il n’existe pas une explication universelle à l’auto-sabotage.
Pour certaines personnes, il peut être lié à une faible estime de soi.
Pour d’autres, à une peur du rejet.
À une histoire marquée par l’échec.
À des attentes très élevées.
À la peur de décevoir.
À des expériences dans lesquelles prendre sa place n’était pas toujours bien accueilli.
Ou encore à des habitudes de fonctionnement construites progressivement au fil des expériences.
L’objectif n’est donc pas de chercher immédiatement :
« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Mais plutôt :
« Dans quelles situations est-ce que je me bloque ? »
« Qu’est-ce que je ressens juste avant ? »
« Qu’est-ce que j’essaie peut-être d’éviter ? »
« De quoi est-ce que j’aurais besoin à ce moment-là ? »
Ces questions peuvent commencer à faire apparaître une logique derrière ce qui semblait incompréhensible.
Le premier changement : arrêter de se traiter comme son propre ennemi

Se juger davantage ne permet pas nécessairement de changer.
Au contraire.
Lorsque nous nous répétons que nous sommes incapables, paresseux, faibles ou incohérents, nous renforçons parfois précisément l'image de nous-mêmes qui entretient le blocage.
Comprendre son auto-sabotage ne signifie pas tout excuser.
Cela signifie remplacer le jugement par la compréhension afin de pouvoir agir autrement.
Il est possible de reconnaître :
« Oui, je repousse systématiquement cette action. »
Sans en conclure :
« Je suis incapable de réussir. »
Cette différence est essentielle.
Parce qu'un comportement peut évoluer.
Une stratégie peut être abandonnée.
Une peur peut être apprivoisée.
Et une manière de fonctionner peut se transformer.
Comment commencer à sortir de ce cercle ?
Il n’est pas nécessaire de tout changer immédiatement.
Commencez par observer.
1. Identifiez le moment où vous bloquez
À quel moment précis arrêtez-vous d’avancer ?
Avant de commencer ?
Lorsque vous devez terminer ?
Lorsque quelqu’un commence à vous regarder ?
Lorsque le projet devient concret ?
Le moment du blocage donne souvent des informations précieuses.
2. Identifiez l’émotion qui apparaît
Est-ce de la peur ?
De la honte ?
De l’anxiété ?
De la colère ?
De la confusion ?
De la pression ?
Mettre un mot sur l’émotion permet déjà de mieux comprendre ce qui se passe.
3. Demandez-vous ce que vous cherchez à éviter
Cette question peut être particulièrement révélatrice :
« Si je fais réellement ce que je veux faire, qu’est-ce qui pourrait devenir difficile pour moi ? »
La réponse peut faire émerger une peur que l’on ne regardait pas jusque-là.
4. Cherchez une action suffisamment petite
Lorsque l’objectif paraît énorme, le système de protection peut se mettre davantage en alerte.
Réduire l’action peut alors permettre de remettre progressivement du mouvement.
Pas « terminer mon projet ».
Mais :
« ouvrir le document et écrire les cinq premières lignes. »
Pas « changer toute ma vie ».
Mais :
« faire aujourd’hui une chose qui va dans la direction que je souhaite. »
Le changement devient alors beaucoup moins intimidant.
5. Apprenez à tolérer l’inconfort
Changer un fonctionnement ancien ne signifie pas ne plus avoir peur.
Cela signifie parfois apprendre à avancer avec une part de peur présente.
Attendre de ne plus ressentir d'appréhension avant d'agir peut maintenir l'immobilité.
La confiance ne précède pas toujours l'action.
Elle peut aussi se construire à travers elle.
Vous n’avez pas besoin de devenir une autre personne
Sortir de l’auto-sabotage ne signifie pas devenir parfaitement discipliné, constamment motivé ou totalement sûr de soi.
Il ne s'agit pas de supprimer toutes vos peurs.
Il s'agit d'apprendre à mieux comprendre ce qui se passe en vous lorsque vous êtes sur le point d'avancer.
Peut-être découvrirez-vous que derrière votre procrastination se trouve une peur.
Derrière votre perfectionnisme, une exigence de sécurité.
Derrière votre besoin de contrôle, une difficulté à tolérer l'incertitude.
Derrière votre tendance à vous effacer, une peur de prendre votre place.
Et cette compréhension peut devenir le début d'une autre relation avec vous-même.
Le véritable déclic : comprendre avant de se corriger

Nous cherchons souvent à nous corriger avant même de nous comprendre.
Nous voulons être plus disciplinés.
Plus confiants.
Plus organisés.
Plus courageux.
Mais parfois, le véritable changement commence par une autre question :
« Qu’est-ce qui se passe en moi lorsque j’essaie d’avancer ? »
Cette question ouvre un espace différent.
Un espace dans lequel nous ne sommes plus obligés de nous battre contre nous-mêmes.
Nous pouvons commencer à écouter.
Comprendre.
Ajuster.
Puis avancer autrement.
L’objectif n’est pas de devenir quelqu’un qui n’a plus peur.
C’est de devenir quelqu’un qui n’a plus besoin de laisser sa peur décider à sa place.
En conclusion
L’auto-sabotage peut donner l’impression que nous sommes notre propre obstacle.
Mais derrière certains blocages se trouvent parfois des mécanismes de protection qui ont eu une fonction à un moment donné de notre histoire.
Les comprendre ne signifie pas rester prisonnier de son passé.
Au contraire.
Comprendre permet de choisir.
Lorsque nous identifions ce qui déclenche nos blocages, ce que nous cherchons à éviter et les besoins qui se cachent derrière nos réactions, nous pouvons progressivement expérimenter d'autres façons d'agir.
Le changement ne commence donc pas toujours par :
« Comment puis-je arrêter de me saboter ? »
Il peut commencer par :
« Qu'est-ce que j'essaie de protéger en moi lorsque je me bloque ? »
Et parfois, cette question suffit à ouvrir une porte.
Une question pour vous

Dans quel domaine de votre vie avez-vous l'impression de vous retenir alors qu'une partie de vous souhaite réellement avancer ?
Prenez quelques instants pour observer ce qui se passe en vous, sans jugement.
Il n'est peut-être pas nécessaire de vous forcer davantage.
Il est peut-être temps de mieux vous comprendre.
Une question ? Écrivez-moi à contact@soumayatriki.com
